fragments textes 

Je publie ici des textes d'atelier - oui je participe aussi à des ateliers d'écriture,

 je ne me contente pas de les animer !

des fragments, notes, suggestions de lecture etc. 


Marie Duarte







2024 - 2017 /


Une proposition de lecture numérique 

L'herbier de la poète Emily Dickinson, objet assez exceptionnel, composé entre ses neuf et quatorze ans, réunissant 424 spécimens de plantes en 66 feuillets, est enfin accessible au regard. Celles et ceux qui ont déjà pris contact avec son oeuvre poétique, volatile et énigmatique, savent que le motif végétal est omniprésent et possède une force transcendante. La bibliothèque Houghton, département des livres et manuscrits rares de l'université d'Harward, a numérisé l'ensemble de l'herbier, on peut maintenant le consulter librement sur le site de la bibliothèque. 

iiif.lib.harvard.edu/manifests/view/drs:4184689$4i 


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textes d'atelier       les ateliers numériques de Laura Vazquez     lauralisavazquez.com 


le visiteur traverse le bois imposant sous le couvert tangent et hésitant il lève quelques petits obstacles la fougère aigle condensée meurtrie à son passage fugitif cisèlement il repousse ce qui se brise dissout en enjambement les feuilles ne tombent guère ses yeux sont grands ouverts a t-il une vague hantise peut-être une simple conscience flottante le visage se penche les vastes arbres aux écorces frappées de rayons transparents les longues lignes d'halos déferlent aucune modulation d’oiseau ne lui fait franchir l’ornière surgissant du fond un pouillot véloce le congédie colérique ou plein de frayeur le visiteur est de passage aucune raison de retenir quoi que ce soit non ce n’est pas exactement cela il retient son pas au dessus des spirées son regard se muscle dans le royaume forestier roulement des fûts effondrés leur attitude dénouée et tendue beaucoup s'agrippent au dedans et lui marche inconnu dédaigné il faut aller plus loin par un chemin court ou très long peut être vers le bon cours des choses


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où commencer mon long appel de joie je ne suis pas certain glaner chêne frêne fusain glaner cèdre robinier je n’en sais pas davantage face aux atomes soupeser le mousseron voisin d’une hilocomie endosser le monde en endossant ses lieux lieux de mers sobres lieux pour amplifier le souffle lieux d’observation pour prendre place la vue serait comblée donation de l’instant au monde je vivrai le jour éphémère et tous ses doublets à toutes les altitudes la terre enveloppe suffisamment donation du moment de joie au monde entre le ciel clair et le sol terreux lorsque le soleil décapite

je voyais le crépuscule et tanguait sans vouloir l’ultime éclat celle des raids et des nuits lance son cri tout à coup il faudrait en faire part je passe la nuit dépouillé de la clarté qui reviendra reste ce geste singulier goutte à goutte va s’enfonçant dans le monde


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mon regard est propre et net farouche cela va sans dire telle cette roche de Palmer entourée de ses flots éprouvants j’ai échoué ici c’est désolant et grave autour de ma bouche un début de gélivure elle produit des sons insensés hurler évite l’air avachi eh je dois me faire remarquer je m’entends dire que mes bruits effraient qu’ils sont sans pudeur je fais dialogue avec les damiers du Cap amoureux fous de ces rochers ils risquent de me déchiqueter je pointe mes mains gantées vers les rieurs leur énervement est aussi éphémère que le mien ils possèdent l’art d'être ensemble le cri vivifiant ils piquent vers l’écume de vrais pur-sangs leur si belle nudité leur approche est pratiquement dionysiaque je braille affreusement comment rayonner dans cette posture affligeante il faudrait cacher ces traits horribles comme devrait le faire le condor californien ou bien le sarcoramphe qui se dit pourtant roi ces traits sont miens mais tellement momentanés sur la péninsule de Palmer le principe est minimaliste durcir et fissurer ces lieux si gelés laissent pourtant échapper une fine fumée grandeur de haïku mais aussi une odeur de baleine éventrée mon estomac gargouille férocement je ne me reconnais plus je dois me maintenir ici je n’inspire pas de pitié ils me somment d’arrêter de crier c'est comme un moment de mauvais débats mon front solidifie un nouveau nuage de poussière glacée je crains l’arrivée de la pluie même infime je dévale la pente escarpée à la recherche d’un morceau de terre mon mouvement jette les groupes en émoi ceux-là aux pieds et au lèvres roses s’envolent bruyamment vers le large un énorme effort me fait chuter sur le lichen desséché je vois ma tête rouler vers l’eau glacée les flots sont larges et amers le suintement argenté des cailloux provoque un fort tourment les étoiles sont tombées sur le sol je songe au capitaine Palmer apercevant cet archipel princeps je trempe mes cheveux sous peine de me perdre la roche de Palmer se fend il est temps l’aube vient


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Veuillez——doux hymne du renouveau pluie de larmes nouvelles neuve humidité veuillez 

veuillez————intimement et rapidement abandonner tout————tout de l’année du dernier automne du dernier été tout——veuillez——du dernier printemps tout du nouvel hiver tout le nouveau d’avant veuillez

veuillez——poser le front sur le nouveau————entrouvrir le nouveau veuillez 

veuillez——au milieu des sons qui expirent tout le nouveau d’avant veuillez————de chacun des jours d’avant vous en aller——partez——du triste et cruel lancinant dérobez———— des noirs récifs du tabac froid des nuages trop bruns——quittez——de trop d’indiscipline rivez-lui le clou rivez————vos bottines en cuir frais remettez veuillez————vous en aller chaussée de cuir frais allez allez————sans effroi droite allez allez————veuillez tandis que vous vous en allez ne vous souvenez——que vous vous en allez décolletez————que vous vous en allez amplifiez————que vous vous en allez caracolez————que vous vous en allez distancez————que vous vous en allez————surgissez——l’oreille dressée à toutes les mélodies avisées————que vous vous en allez paix fixée


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posés par couleurs et gammes les feutres Faber Castell attendent se bousculent très peu ils résistent très bien ils resistent très bien à l’eau à l’azote à une folle impatience - maxima resistencia a la luz - je saisis le black 199 une encre de chine d’excellente qualité - tinta china - il roule sur la table effleure le flacon Herbin précieuse encre verte lierre sauvage un frisson me parcourt j’ouvre très vite le flacon et répand l’encre sur la longue table étang marais chemin de halage puis plus grand chose je m’empare des plumes de verre pose une feuille Canson A3 125 grammes commence à divaguer le geste sûr tout de même je saisis le tire-ligne Koh-I-Noor trace une ligne fine de 0,3 millimètres sur la peau de mon bras c’est très agréable apaisant frais lierre sauvage jaillit sur ma peau pâle qui se transforme en liseron un petit geste brusque en direction des godets Winsor et Newton la série 612 se met en route s’entrechoque s’éparpille certains voltigent d’autres quittent l’espace de la table filent vers les airs mais où vont-ils donc Scarlet Laquer numéro 612 série 2 et Rouge Cadmium Clair Véritable numéro 605 série 4 butent contre les gommes mie de pain la Faber Castell bleue se fait immédiatement la malle Rose de poterie Winsor - Rosa de Potter - numéro 537 série 2 disparait tout aussi prestement cela ne m’inquiète pas je me concentre sur les taille-crayons j’en possède plusieurs j’aime cet objet sorti certainement de l’esprit humain en voguant Faber Castell noir jais en métal et plastique avec sa petite manivelle aime tailler les crayons de couleur il taille aussi les sourcilleux crayons de pierre noire Staedtler petit à un trou distingué vif argent métallique avec reflets froid au toucher incisif ne perd jamais de temps le Maped bleu pâle n’est pas mal un peu jouet en plastique c’est son point faible avec sa petite réserve on peut tailler dans le noir dans le train dans la rue dans une bibliothèque universitaire bondée le Derwent noir me plait beaucoup appareillé pour tailler les pastels et les fusains en plastique lui aussi mais assez précis le Moleskine est charmant inoxydable aime particulièrement tailler le crayon graphite le taille-crayon NJK 505 de chez Sennelier ne s’intéresse qu’aux mines de 5,5 millimètres de diamètre n’insistez-pas il ne veut rien d’autre il est prêt à tout casser si on le force posés au hasard les carnets de croquis mon préféré le Sennelier esquisse blanc 110 grammes cinquante feuilles j’aime tous les carnets Hahnemühle utilise beaucoup celui destiné à l’aquarelle 200 grammes grain fin sans acidité un blanc naturel souple 10,5 x 14,8 centimètres peut s’emporter partout se poser sur les tablettes des trains même dans les TER tiens une petite chose noire volette autour de moi volette que serait-ce une vision de l’esprit une fatigue oculaire volette les rayons du soleil l’étreignent l’objet noir étincelle tournoie autour de ma tête s’incline vers la table survole les multiples objets se rapproche à nouveau de moi en ligne droite vers mon épaule gauche se pose très momentanément j’ai le temps d’entrevoir une forme très belle son mouvement resplendit dans ma poitrine il tournoie de nouveau se rapproche de mon nez s’y pose précisément rien de fastidieux il a de la place mon nez est droit et un peu long je redoute d’intervenir et la situation est envoûtante je n’ose pas lui donner un coup net de tire-ligne je n’ose même pas utiliser une gomme on pourrait dire de son point de vue que l’objet est cloué au sol et puis il est là-bas sous le soleil Cadmium Clair Véritable me fendille la lèvre l’objet a une forme vraiment belle il se nomme 588363 c’est l’ovni de Faber la forme est palpitante élancée largeur 60 millimètres hauteur 18 comment a-t-il pu tenir sur mon nez si adroitement le taille-crayon ovni est très silencieux fort esprit critique un noir profond pour les exécutions une netteté tranchante dans le tournoiement

je n’aime pas le taille-crayon Kum AZAO37679 trop cubique noir plat imprécis je ne l’aime pas


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le vif de l’atelier d'écriture    une vignette    


Moult échos pénètrent l’oreille, penchés, vous. Penché, il, l’image bouge, l’image bouge à l’intérieur du mot, éclats. Vous, penchées, mouvement à l’intérieur des mots, elliptique précisément, vous assistez effarées au désir d’abandon, penchées. Tiens la main pend, le stylo pend, musique et haleine, un moment qui prend des jours, penché, le stylo constelle un état personnel. L’image bouge, l'image bouge à l’intérieur du mot, quand on décide de l’approcher il s’enferme à double tour, le mot une désertion, mais elles, hâbleuses, penchées, éclats, un instant qui prend des jours. Vous, penchée, feutre soulevé, musique et haleine. Elle, l’image bouge à l’intérieur du mot, haleine de sa musique, haleine, elle assiste effarée au désir de contempler des motifs intimes, penchée, éclat. Il, penché, sort du placard un mot malheureux, mais heureux, éclats. Quelqu’un maintenant se penche subitement, pressé, son instant de haleur qui dure des jours, musique et haleine. Tiens le mot pend, il ne pèse plus, trop de contemplation les fait pâlir, penché, musique et haleine. Elle, de méchante humeur se déplace en sens inverse, approche des choses très proches très vite, éclat, un moment qui prend des jours. Les images bougent à l’intérieur du mot, éclats. Vous, haleine, les mots quotidiens spéculent l’ineffable, pressés, certains déjà au bord des tables -le mot astre vient de tomber de haut, éclats, haleine de leur musique haleine.


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le vif    un bis 


Ce n’est pas clair l’image bouge

oui l'image bouge  à l’intérieur  à l’intérieur du mot

mouvement  haleine de sa musique  haleine 

haleine de sa musique

l’image bouge à l’intérieur du mot

elliptique précisément  l’image bouge

On assiste effaré au désir d’enlacer un sens obscur

musique  et haleine

tiens le mot pend

il ne pèse plus  l’haleine des mots

mot objet du placard mais heureux  

entourant la paresse   par exemple le mot astre s’enferme à double tour quand on décide de l’approcher

certains au bord des tables après une longue vie de haleurs 

trop de contemplation les fait pâlir   une chose petite banale maintenant de méchante humeur se courbe

le mot une désertion 

les mots rendus à l’abandon spéculent l’ineffable 


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Virginia Woolf     un fonds

On peut dorénavant consulter sur la plateforme woolfnotes.com, un ensemble numérisé de plus de 7000 pages manuscrites de la prolixe VW, essentiellement des notes de lecture et d'écriture. La collection est mise à disposition (et consultable gratuitement) par le King’s College de Londres. C'est donc très rigoureusement organisé, et c'est en version originale - en anglais.

⟶   https://www.woolfnotes.com 


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texte écrit en regard de l'oeuvre de Pierre Liebaert    photographe exposant dans le cadre des Boutographies 2024     " Je crois aux nuits "     Pavillon Populaire à Montpellier


Quelqu’un se réveillait, quelqu’un souriait, quelqu’un sortait, quelqu’un s’éloignait, quelqu’un s’éloignait, quelqu’un s’éloignait.

Quelqu’un s’éloignait, quelqu’un se dirigeait vers la forêt, quelqu’un se dirigeait vers la forêt, quelqu’un se dirigeait vers la forêt. 

Quelque chose bougeait, quelque chose bougeait, quelque chose bougeait, quelque chose bougeait. Les ailes grandes ouvertes, les ailes grandes ouvertes, les ailes grandes ouvertes, les ailes grandes ouvertes, les ailes grandes ouvertes.

Il s’éloignait, il se dirigeait vers la forêt, il se dirigeait vers la forêt, il souriait, il souriait, il souriait. Il ressentait quelque chose, il ressentait quelque chose, il ressentait quelque chose, il ressentait quelque chose.  

Quelqu’un marchait au bord de l’eau, quelqu’un marchait au bord de l’eau, quelqu’un marchait au bord de l’eau, au bord de l’eau courante, au bord de l’eau courante, au bord de l’eau courante, au bord de l’eau courante, au bord de l’eau blanche, au bord de l’eau blanche, au bord de l’eau blanche, et la bordure couverte, et la bordure couverte, et la bordure couverte, cet excès de blanc, cet excès de blanc, cet excès de blanc, cet excès de blanc.

Il revenait dans la forêt, il revenait, il revenait, il revenait, il revenait.

Quelque chose se détachait, quelque chose se détachait. Quelque chose se détachait. Le coeur et le flanc, le coeur et le flanc. Le coeur et le flanc. Le coeur et le flanc pressés, le coeur et le flanc pressés, le coeur et le flanc pressés. Il quittait un à un les multiples, il quittait un à un les multiples, il quittait un à un les multiples. Dans les feuillées, dans les feuillées, dans les feuillées. Il entamait une libération involontaire, il entamait une libération involontaire, il entamait une libération involontaire. Il s’établissait, émerveillé, il s’établissait, émerveillé. Il s’établissait, émerveillé. Il s’établissait, émerveillé, ralenti, il s’établissait, émerveillé, ralenti, il s’établissait, émerveillé, ralenti, et précis, il s’établissait, émerveillé, ralenti, et précis.


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le Languedoc sans songe   

                                                                                                     

et la bordure cévenole couverte c’est l’aléa traversières complantées de beauté l’effet tourmente


compartiment menant rasant précipitant tant de jaune tremblé non feint et Beau caire saillant bordé écarté


enlacement de l’apparition paysage déboisé râle des genêts éternisé dans la paume le résidu est fastueux tige florale la couleur rend


sur la hauteur de Navacelle l’existence tombale domine à ce point amplement la réflexion pure prime vent chevaux liserés



dans les terres rochers et écorce décolorée dans l’abîme délavé du ciel Notre Dame du Carla froncée s’échappe



approchement du causse carnation rosée de la hâte tendance du sujet à s’éclipser derrière la bruyère calunne


trois mouvements aléatoires dans l’air prétexte nourricier au dessus de l’étang silence long sentiment de gris soyeux couleur triste sans peine



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texte d'atelier    " écriture et Paysages "    avec Juliette Mézenc    université Paul Valéry    2023 



différents moments moment et saison pas de marche forcée vers l’exercice d’affûtage marquer la compréhension unifier les éléments devenir un élément un temps ponctuel les bruits répétitifs animaux objets techniques corps passant ralentissant se regroupant végétation fausse immobilité crayonnage et perception  qu'est-ce qui veut se rendre visible les choses qui viennent à l’oeil qui dispersent qui dispensent de la joie de la légèreté l’ombre sur l’herbe je suis la regardeuse je ne laisserai pas de traces ce qui berce à nouveau ce qui surgit Pie Pie Pie Pies ce qui manque ce qui fait défaut action ponctuelle interêt ponctuel s’installer ici étendre les jambes s’installer plus profondément dans la lumière et le lieu échos visuels et olfactifs un corps qui s’apaiserait un peu plus qu’est-ce que cela ferait de s’appuyer un peu plus de se dérouler un peu plus est-ce que cela rime à l’arbre quelque chose pend le plaisir à écouter tous ces sons mélangés je suis maintenue par le sentiment tranquille mais face à ce rectangle d’eau un sentiment de division de déplacement un peu magique aussi je travaille plus ou moins deux dessins numériques sentiment de filament dans le paysage restreint deux dessins numériques réalisés laborieusement le soleil illumine trop l’écran et élimine le dessin en train de se faire pratiquement à l’aveugle la pulpe traçant des traits faisant venir des lignes vites interrompues par la limite de l’écran alors plutôt des points  écran tambour à l’esprit le bâtiment des moulages je l’aperçois en partie je pense à ma peau paroi et moule sans jeu entre la toile et la forme on bouge on se lève ce qui est pendu à l’arbre face à la bibliothèque la perruche à collier de la belle exotique à la belle invasive entre le positif du moi et le positif du lieu cette fameuse parenté entre l’humain et l’arbre mêlons les ramures est-ce le moment d’évoquer la sève commune geste végétal et geste numérique l’un viendra hanter l’autre un rien qui décide mais prenons vraiment le végétal au mot



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texte d'atelier    " écriture et intuition "    avec Adrien Perrin    université Paul Valéry    2023



 PETIT DIALOGUE D’AMOUR 


« J’aime porter des gants, à la folie, j’aime porter mes gants, j’aime mes gants mes gants à la folie

 -j’aime te voir porter des gants, j’aime te voir porter des gants, à la folie

- j’aime les gants que je porte aujourd’hui, à la folie, ils plongent mes doigts dans un bain de ténèbres un bain de ténèbres 

- oui j’aime tes gants, tes gants, à la folie, j’aime à la folie la pulpe de tes doigts la pulpe de tes doigts, à la folie

- j’ai aimé à la folie mes gants couleur tabac, à la folie, oui perdus, je fanfaronnais avec eux je fanfaronnais

- oui j’aimais aussi tes gants couleur tabac, tes gants couleur tabac perdus à la folie oui, tu fanfaronnais quand tu les portais tu fanfaronnais c’est sûr, à la folie

- j’aime à la folie que tu aimes mes gants, que tu aies aimé aussi mes gants tabac, oui perdus, j’aime que tu les aies aimés, que tu les aies aimés à la folie. »


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FILM


La femme de Tchaïkovski   film fascinant, scènes de groupes enivrantes, très composées, le parcours sensorimétrique de l’actrice, son visage, on pense à Tchekhov dans la première partie à Fassbinder en très édulcoré dans la deuxième, scène d’un lac avec bouleau, motif banal et instant complètement soulevé.


un film de Kirill Serebrennikov



NOTES


 voyage en Bourgogne     Franche-Comté    juin    2023


Joie dégrisement concentration détachement sensualité désir détresse. Musée des BA - Marc Desgrandchamps, à la maison Millière derrière Notre Dame repas simple et vin, je marche dans le vieux Dijon, beau et noble.  

Présence matinale au couvent des bernardines cloitre et jardin rosiers anciens déshydratés. 

Séjour familial à Besançon je n’ai pas quitté le potager…

Dans les trains les gares les cafés poèmes de Anna Akhmatova  « au soleil levant je chante l‘amour à genoux dans le potager au milieu de l’arroche »


Mouthier-Haute-Pierre    Vallée de la Loue    juin    2021


Imposante beauté de la vallée ouverte illuminée par les hautes falaises en calcaire. Courbe de verdure entourant le replain, où le village s’expose - village haut. 

Sentiment d’un lieu ineffable faisant venir des émotions délicates et libératrices.

Les minuscules vierges décolorées logées dans les façades des volumineuses maisons comtoises et dans leurs larges cours.

D’étroits chemins pédestres (maintes croix de chemins les signalant) traversent les vergers,

prés envahis, boutons d’or, mourons bleus, campanules, saxifrages, cirses, le resplendissant ail des vignes emporte.

Rive gauche village bas bord de rivière fade, depuis ce côté le village apparait légèrement rêveur et fantasque, maisons en bois sombre et leurs longues terrasses sur pilotis, atmosphère nordique vague, le côté de l’humidité forestière, grimper à nouveau, enfoncement dans le bois résineux odorant.



Haute-Saône    Marnay    juillet    2020


Quelques jours dans une vaste maison vigneronne chambre orientée au nord-ouest immense terrasse donnant sur les potagers et les jardins.

Les parcours de marche autour du village sont décevants, bruits de la circulation omniprésents, l’ancienne voie ferrée mal transformée, six kilomètres reliant le village de Marnay à celui de Pin, une voie routière longeant le chemin pédestre. Mais une certaine après-midi sous le soleil calamiteux, gloire marchante, apparition partielle soudaine du château de Ruffey, domine la longue vallée majestueuse de l’Ognon. Halte exaltée près de Brussey, ronde de hauts noisetiers pénétration vitale par leurs interstices à l’intérieur de ce cercle frais sensation brève de feuilles humides, moment d’un repas.

Retour vers le village de Marnay.

Epuisement un peu menaçant sous la chaleur accablante, je gagne rapidement la partie un peu ombragée du chemin, douleur intense de la plante des pieds encore trois kilomètres avant Marnay, aux abords du chemin belles orties hautes, minuscules boutons d’or, carottes sauvages, ravissantes carlines pleinement ouvertes, églantiers, chant d’oiseau, perception sonore rauque, une corneille.

Section de route étroite vide silencieuse longée de prés soyeux, pour rejoindre le village par le côté sud, le soir, vergers pleinement chargés, 

attention profonde et méditative. 

Moiteur intense et orageuse des étés francs-comtois, attente voluptueuse de la nuit, engourdissement mental, les imposants toits comtois et leurs hautes cheminées participant à une vision féérique de l’espace, à mesure que l’éclairement décroît. Petite fille solitaire sautillante dans le champ d’à côté (l’elfe).

Stevenson assomme (En canoë sur les rivières du nord). Sommeil merveilleux.


FILM 


Sunset  une forme d’une précision raffinée, l’entrelacs de la narration parfois trop ésotérique, guère intéressée pas le dernier plan, mais grandeur formelle, références picturales presque transparentes, beauté des étagements dans le plan, flots libérés soudainement, étincellement et richesse des fonds, profonde impression de présence face à ce film.


un film de László Nemes



NOTES


Frontignan    février    2019


Balancement des troncs au bois des Aresquiers, légers échos dans l’atmosphère, assise, attentive, appréhension voluptueuse du son, poursuite de cette sensation dans le moindre écho secondaire, nouveaux mouvements vers les espaces dégagés, début de fleurissement des arbres, pistachier lentisque, prunier, frêne, pin d’alep, chêne Kermès, tamaris, roses blêmes, roses sanguins, bordeaux délavés, blancs jaunâtres, blancs lactés, orangés, ocres, poussée d’herbe neuve filamenteuse. Au retour,  mouettes hâbleuses, fatigue accusée.


Lagrasse    Aude    août    2018


Je lis encore un récit de voyage, Le journal du Missouri de John James Audubon, remarquable dessinateur animalier, et explorateur « nous avons vu plusieurs arbres tomber, un spectacle splendide quoique douloureux ». J’ai projeté le visage dans l’ombre de l’immense micocoulier dans le jardin du café, adossé à de très beaux bâtiments, installé dans la partie publique de l’abbaye Sainte Marie. « En s’effondrant, ils soulevaient sur toute leur longueur des gerbes d’eau splendides ».


Peyriac-de-Mer    Aude   octobre


Aspects fortement plissés de l’étang, le vent rompt, sentiment de perte, marche avant le lever du soleil, bassins, vannes, lieux du sel fort. Contournement du mont du Dour, sur les pontons du Doul, gravelot à collier interrompu, seul.

Au petit matin, marche depuis Peyriac-de-Mer jusqu’au village de Bages (7 kilomètres), moment splendide, chasseurs assis, clochettes hagardes des chiens dans la végétation, attente incisive, douces collines de garrigue, ciste blanc peu odorant, chemin bien marqué, plat, lierres en fleur, l’allure leste par moments (Port-la-Nouvelle spectral dans le lointain), croissants et café au village.


Vallée de la Loue    Doubs    Lods    août    2017


La rivière s’écoule au pied de ce beau village, à onze kilomètres de sa source, boqueteaux aériens de jeunes pins jusqu’au fil de l’eau, biefs actifs le long de la paroi rocheuse du côté de l’ancienne forge. D’insaisissables petits ponts pédestres aux mousses agrippées mènent à de mystérieuses maisons en bois sombre.


Pesmes    Haute-saône    été    2016


Pont bleu étroit élégant émergeant à Malans, sensorium pesmois proche, le plaisir peut être énumératif, un pied scriptural sur le chemin de Granier, le vieux chemin de Bard entrevu à gauche quand sur le vélo de Cyrano on se rend à nouveau à Malans.




PONPON BLANC PARFAIT     fragment 

  

La nuit dernière j’ai rêvé que je vomissais dans une jolie petite bassine en hématite. Une fois celle-ci remplie je me sentais bien. Puis quelqu’un apparaissait à ma gauche, saisissait la bassine et disais :

« - rendez-vous demain matin à Nice pour un verre tout simplement.

Au réveil j’ai éprouvé un sentiment de joie, qui dura assez longtemps.





le Languedoc sans songe


début des ors vigneux dégluant ocres sombres clairs tons agrippés aux coteaux au fond de la gorge petites rivières insinuantes enserrant pratiquement le village 



chemin sombre cendré taches noires opaques sans écho invisibilité de la feuillée buissonnante éloignement du hameau calme


paix silence longs troncs gris aguerris peuple de corbeaux noir dur vert imbibé lyrisme profond haie dense peu pénétrable


assaut du bourdon sonore énorme burlesque vol dévorant pâle immortelle jaune près des amandiers noircis


notre dame de Cros est introuvable de ce côté-ci la nature est la plus folle touffue peu pénétrée très silencieuse écheveaux de jeunes chênes au bord de la départementale la pluie à nouveau 


les carrés blancs métalliques mats des tombes des moniales inaccessibles sous les pins Douglas et les noyers détrempés



roulis léger de passereaux au dessus des vignes rougeoyantes passage du pont prémice d’intensité rue Montgaillard pavée montante très belle






© marie duarte



BIVALENCE DU DESSIN    UN TEXTE


Penser que la blancheur est imparfaite défie la nouveauté d’un début, l’attitude taiseuse de la feuille blanche, toute rêverie solide d’un dessin. Et si le blanc devient l’obstacle il renforce aussi l’apparition. La blancheur accrochée au sinus de la matière inventée est aire de perception majeure, productrice d’espace et d’énergie lumineuse, dans sa propre immobilité elle est apesanteur. Elle accueille une forme chargée de peu d’intention, forme peu étrange, se portant à une fixité irradiante. Un projet totalement tourné vers lui-même, un système si simple qu’il apparaît uniforme, mais alors on aperçoit les nuances, les variations à l’éclairement, les gammes mineures quiètes, voire un noir intensifié, et dans le noircissement parfois brutal une trace concise de la dépense. La valeur est emprisonnée dans la matière, impression vivifiée par la fébrilité du trait, la reprise intellectuelle ne perd jamais de vue la ligne, et son impossibilité à rester une ligne droite, elle ne peut rien lui substituer. L’action donc visible : un fait matériel, articulant un mélange d'éternel et d’accidentel, un trait particulier, où est l’incursion réelle ou la destination rêvée ? C’est un dessin monodique c’est sa précarité, à la jonction de la vision et de l’existant, renouvelé constamment et perpétuellement vidé. Et le dessin sans réelle sujétion étend le dépeuplement, il est réceptacle dénué. Au plus fort de l’effacement le sous-texte est impossible. Alors aération et repos.





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